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lundi 11 août 2014

Eleições 2014: La course à la présidence a commencé

Les 5 et 26 octobre prochains, près de 142 millions de Brésiliens devront se rendre dans les bureaux de vote pour désigner les futurs occupants de cinq mandats différents : députés locaux et nationaux, sénateurs, gouverneurs et surtout le président. Au total, les électeurs auront donc le choix entre plusieurs milliers de candidats et autant de codes électoraux à composer sur les urnes électroniques. Dans tous les états de la fédération brésilienne, la campagne a commencé et rythme le quotidien des électeurs. L’occasion de commencer notre série d’articles sur les Eleições 2014.
Les trois principaux prétendants au Planalto : Dilma Rousseff, Aécio Neves et Eduardo Campos. 

Pour le scrutin présidentiel, les Brésiliens connaissent déjà les noms de 11 candidats déclarés pour accéder au Planalto, le palais présidentiel. Sans surprise, Dilma Rousseff, l’actuelle présidente sera candidate à sa propre succession. Poussée sur le devant de la scène politique par Luiz Inacio da Silva, dit Lula, l’ancienne chef de cabinet présidentiel, première femme à atteindre le plus haut sommet de l’Etat, semble, selon les sondages, être en bonne position pour remporter l’élection… malgré tout. Bien que populaire auprès des classes populaires et une partie de la classe moyenne, la candidate du Parti des Travailleurs s’est attirée tout au long de son mandat les foudres d’une partie non négligeable de la population brésilienne.

En témoigne le grand mouvement social de juin 2013. En cause, la faiblesse permanente des services publics dans l’éducation,la santé ou encore les transports, la baisse de l’activité économique brésilienne, le coût exorbitant de la Coupe du Monde mais également les scandales politiques à répétition qui ont touché jusqu’aux membres de son gouvernement dans les premiersmois de son mandat. Réaliste sur les chantiers encore en cours, Dilma Rousseff ne se prive cependant pas de dresser unbilan positif de son mandat. Cible des critiques et des hués des spectateurs pendant la Copa, elle peut néanmoins s’asseoir sur un solide 44% d’intention de votes lors d’un éventuel second tour, selon un sondage réalisé par l’Ibope, le 7 août dernier.


Aécio Neves et Eduardo Campos en grands rivaux

Celle qu’une partie de la presse nationale et internationale a surnommé « la Dame de fer brésilienne » devance donc encore largement ses concurrents dans les enquêtes d’opinion. Parmi les principaux, Aécio Neves et Eduardo Campos. Actuel sénateur de Minas Gerais, l’un des états les plus riches du pays… d’où est originaire Dilma Rousseff, Aécio Neves est le candidat du Parti Social-Démocrate Brésilien (PSDB). C’est à lui que revient la lourde tâche de succéder à José Serra, adversaire malheureux à trois reprises face à Lula puis Dilma. Mais avec 20% d’intention de votes au premier tour et surtout l’acharnement de la Toile à propos de sa vie privée mouvementée (alcool, soupçons d’usage de drogues…) l’ex président de la Chambre des Députés et gouverneur du Minas Gerais, lancé dans la course à la présidence de la République par l’ancien président Cardoso, pourrait bien avoir du mal à défendre son programme (que nous présenterons en détail dans un prochain post).

L’autre principal rival de Dilma Rousseff est Eduardo Campos du Parti Socialiste Brésilien (PSB). Ancien député fédéral du Pernambouc, ce natif de Recife est l’actuel gouverneur de cet état du Nordeste. Elu à ce poste en 2006, il est reconduit en 2010 avec le score impressionnant de 82,84% des suffrages. Les raisons de ce succès écrasant se trouvent dans les efforts consentis par son gouvernement dans les domaines des transports, des infrastructures, de la santé, de l’éducation et la création de 560 000 emplois sur le territoire pernambucano depuis son arrivée au pouvoir. Sa popularité s’est renforcée avec son action pour la transparence de la vie politique en étant l’un des premiers à publier les finances de l’Etat. Soutenu pendant longtemps par Lula, puis par Dilma, Eduardo Campos peut compter avec l’appui d’une ancienne ministre du gouvernement PT : l’ex-ministre de l’écologie Marina Silva, arrivée troisième de l’élection présidentielle de 2010 et désormais potentielle vice d’Eduardo Campos.


Une élection à trois têtes ou presque

Au-delà de ces trois candidatures, les autres prétendants à la présidence de la République brésilienne ne semble pas attirer l’attention des électeurs. Luciana Genro du PSOL (ext. gauche) et Eduardo Jorge du Partido Verde (écologiste) ne rassembleraient qu’un petit pourcent des voix* tandis que les autres candidats (Zé Maria – PSTU, Eymael – PSDC, Levy Fidelix- PRTB, Mauro Iasi-PCB et le persévérant Rui Pimenta du PCO) peinent à atteindre ce score.

Deux autres éléments sont toutefois à prendre en compte. Le premier est la candidature du pasteur Everaldo du Parti Social-Chrétien (PSC). Ne récoltant que 3% des intentions de vote, le prêcheur de l’Assemblée de Dieu, l’une des principales églises évangéliques du pays, pourrait créer la surprise en s’appuyant sur l’essor du parti dans différents états brésiliens et même au niveau national. En 2010 sa formation envoyait par exemple 17 de ses membres à la Chambre des Députés. Parmi eux, le très médiatique Marco Feliciano.

Le second élément sera le nombre de votes nuls ou blancs enregistré lors du scrutin. Selon la dernière enquête en date*, ceux-ci s’élèveraient à 13% des votes. Si ces prévisions se vérifient en octobre, elles constitueraient une hausse considérable par rapport aux élections précédentes (en 2010 ils ne représentaient qu’à peine 7% des suffrages). Dans ce pays où le vote est obligatoire, ce choix électoral pourrait bien être la conséquence des différentes vagues de contestations que connait le Brésil depuis plusieurs mois.


*Au premier tour selon l’enquête Ibope du 7/08/2014 déjà mentionnée.  

Gauthier Berthélémy

mardi 22 avril 2014

Dilma Rousseff fait le bilan un an après les grandes manifestations

La semaine dernière, Dilma Rousseff est revenue sur l’avancée des différents chantiers lancés par son gouvernement alors que le pays était en pleine ébullition. Un an après les gigantesques manifestations de 2013, la présidente dresse un bilan mitigée de l’action gouvernementale à quelques mois de l’élection présidentielle.

Dilma Rousseff a fait le bilan de son action, un an après les grandes manifestations (Robert Stuckert Filho / PR)


Il y a tout juste un an, le Brésil apparaissait dans les médias du monde entier sous une forme qu’on lui connaissait peu. Révolté, à bout de nerfs, descendant dans la rue pour hurler une multitude de slogans et revendications pour des transports publics de qualité, un système de santé efficace ou encore pour plus de justice sociale et fiscale. Face à la contestation, la présidente Dilma Rousseff avait lancé cinq « pactes » pour améliorer l’éducation, la fiscalité, les transports, la santé et lancer une réforme politique.

Lors de la réunion du Conseil du Développement Economique et Social, mercredi dernier, à Brasilia, Dilma Rousseff a défendu un bilan positif dans les domaines de l’éducation et de la stabilisation fiscale tout en concédant que du chemin restait à parcourir dans les autres secteurs visés par les pactes gouvernementaux.

Sur la question de la mobilité urbaine et des transports publics, la Présidente estime que «le programme n’est pas parfait.» «Il y a beaucoup de retard, et parfois nous ne parvenons pas à faire les projets» déplore Dilma Rousseff. Selon elle, les 143 milliards de reais (47 milliards d’euros environ) investis par son gouvernement ne suffisent pas pour répondre à la demande de la population. Pour relativiser ce constat d’échec, Dilma Rousseff affirme que son gouvernement a cependant été le premier à prendre ce dossier, au centre des revendications populaires depuis plusieurs années (ici), au sérieux.

Autre secteur compliqué pour le gouvernement, la santé. Malgré la mise en place du programme « Mais Médicos » (ici) l’année dernière, devant permettre à terme à 14 000 médecins étrangers de venir  exercer au Brésil pour renforcer l’offre de soins publics, les autorités brésiliennes doivent encore agir pour un rapprochement avec le secteur privé. En effet,  les efforts faits ne sont pas encore suffisants pour permettre à tous les Brésiliens d’accéder à des soins sur l’ensemble du territoire. L’objectif désormais affiché par Dilma Rousseff est de trouver le moyen de rendre les systèmes de santé publics et privés non plus distincts, mais complémentaires.

Dilma Rousseff est également revenue sur sa proposition de réforme politique lancée lors de son allocution en pleine période d’agitation sociale, le 21 juin 2013. Celle-ci prévoyait des changements dans le système électoral et dans celui du financement des campagnes des partis. Des changements qui devaient être validés par un référendum populaire avant d’être rejetés par le Congrès. La Présidente a défendu ce projet le considérant comme "essentiel pour le pays" et a invité la population à appuyer l’initiative gouvernementale : «Pour avoir une corrélation de forces, il est clair que la société, par ses différentes instances, doit se manifester.»


Un appel à la résonnance particulière quelques mois avant de se présenter devant les électeurs pour leur proposer de renouveler son mandat.  



mardi 3 décembre 2013

Déda, le fondateur du PT à Sergipe, est décédé

Marcelo Déda Chagas, Gouverneur de l'Etat de Sergipe (Nordeste) est décédé lundi dans la nuit à l'hôpital Sirio-Libanês de São Paulo. Âge de 53 ans, le fondateur du Parti des Travailleurs à Sergipe luttait depuis plusieurs années contre un cancer du système gastro-intestinal. La Présidence de la République a déclaré trois journées de deuil national en l'honneur de cette figure de la politique brésilienne.

Marcelo Déda, Gouverneur de Sergipe, était l'un des membres historiques du PT (photo : agência Brasil)

Né à Simão Dias, à 110 kilomètres de la capitale sergipana, Aracaju, « Déda » a été tout d'abord un passionné de cinéma et de culture. Il réalisa même plusieurs productions et s'engagea dans les années 70 sur la scène culturelle en organisant des ciné-clubs pour les étudiants. C'est à cette époque qu'il entre dans le mouvement étudiant en opposition au régime militaire. Dans les années 80, à l'Université Fédérale de Sergipe, il participe à la consolidation dans l'Etat du tout nouveau Parti des Travailleurs (PT), qui portera en 2002 l'ancien ouvrier métallurgique Lula au pouvoir.

En 1986, il est élu député de l'Etat de Sergipe. Commence alors sa carrière politique. Il devient député fédéral en 1994, fonction pour laquelle il est réélu en 1998. Il revient ensuite à Aracaju où il est élu maire dès le premier tour en 2000 puis en 2004. De ses deux mandats, les Aracajuanos retiendront les efforts faits pour la santé publique, pour l'intégration des quartiers périphériques de la capitale et pour la culture avec la transformation du Forro Caju comme l'une des plus grandes fêtes de la Saint-Jean brésiliennes. En 2006, il décide de concourir au poste de Gouverneur qu'il occupera jusqu'à sa mort. Pendant sept années, il a développé le réseau routier dans tout l'Etat, a fait construire 12 hôpitaux municipaux et hôpitaux régionaux et a lancé la transition énergétique dans l'Etat de Sergipe en inaugurant le parc éolien de Barra dos Coqueiros. Le Gouverneur a également créé la polémique en 2009 en étant mis en cause dans une affaire d'abus de pouvoir par le Tribunal Supérieur Electoral. Cette même instance l’innocentera l'année suivante.

Marcelo Déda était un ami proche de Dilma Rousseff (photo : Presidência da Republica)



Son corps, transféré de São Paulo vers Aracaju, a été exposé aujourd'hui au Palacio Olimpio Campos. Pendant toute la journée, des milliers de sergipanos sont venus lui rendre hommage et la présidente de la République, Dilma Rousseff, qui était une amie proche de Marcelo Déda, s'est rendue à Sergipe d'où elle a déclaré un deuil national de 3 jours. La crémation de son corps aura lieu à Salvador dans la soirée.  

mercredi 8 mai 2013

Un brésilien à la tête de l'OMC

Roberto Azevêdo prendra officiellement la tête de l'OMC en septembre prochain (photo: internet)



On pressentait Lula à l’ONU, on voyait le cardinal Odilo Scherer au Vatican mais le Brésil passe sur le devant de la scène internationale à Genève. Le brésilien Roberto Azevêdo est le nouveau directeur-général de l’Organisation Mondiale du Commerce et succède ainsi à Pascal Lamy. Le Brésil prend pour la première fois la tête d’une institution internationale d’une telle ampleur.

Pour accéder au poste, Roberto Azevêdo a recueilli le plus grand nombre de votes et l’appui de pays de toutes les régions du monde et de différents niveaux de PIB. Il devance ainsi son concurrent, le mexicain Herminio Blanco, qui avait pourtant les faveurs des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Sa désignation sera officialisée demain et les soutiens de M. Blanco ont d’ores et déjà affirmé qu’ils ne s’opposeront pas à la désignation du vainqueur malgré leur droit de véto.

Roberto Azevêdo reprendra les commandes de l’OMC à partir de septembre prochain et succédera au français Pascal Lamy. Fort des soutiens des pays d’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Amérique Latine et, surtout, du géant chinois, il aura la lourde tâche de confirmer les aspirations internationales du Brésil et de redorer le blason de l’institution, fortement critiquée depuis l’arrivée de la crise.

Pendant la campagne, Roberto Azevêdo, représentant permanent du Brésil à l’OMC depuis 2008, s’est prononcé en faveur de la reprise des négociations du Cycle de Doha, au point mort depuis 2001, en déclarant qu’il va s’agir «de rendre le système compatible avec le monde d’aujourd’hui, la seule façon d’y arriver est d’encourager le commerce et la libéralisation des échanges en tant que composants essentiels des politiques de développement ». L’objectif sera donc de réactiver les négociations commerciales entre le Nord et le Sud.

Le succès du brésilien sonne comme la revanche des émergents suite à la décision de reconduire un représentant européen (Christine Lagarde) à la tête du FMI après la chute médiatiquement spectaculaire de Dominique Strauss-Kahn. En mai 2011, les BRICs avaient dû se résigner à s’incliner face à cette décision malgré leur tentative de hisser un des leurs sur les plus hautes marches de la gestion économique internationale.

Un brésilien à l’OMC, c’est, pour la diplomatie brésilienne, l’acceptation de l’idée défendue par le Brésil de partager le pouvoir économique pour le rendre plus compatible avec la donne économique issue de la crise financière internationale commencée en 2008. A l’heure où les émergents apparaissent comme des modèles en termes de compétitivité, de gestion sociale et de croissance du PIB, la logique veut qu’un de ses intégrants soient aux rênes d’au moins un des trois piliers de l’économie mondiale (FMI, Banque Mondiale et OMC). «En présentant sa candidature, le Brésil estimait que par son expérience et son implication, (Roberto) Azevedo pourrait conduire l'organisation vers un ordre économique mondial plus dynamique et plus juste. Ce message a été entendu (...)» se félicite Dilma Rousseff à l’annonce des premiers résultats à Genève.

Si cet événement sonne comme une meilleure répartition des rôles plus en phase avec le contexte politico-économique actuel, il est également considéré comme une victoire pour la diplomatie brésilienne qui y voit l’aboutissement de ses efforts pour imposer l’image d’un Brésil capable et désireux de prendre en main l’intérêt commun. Le pays peut désormais sortir de son rôle de « représentant des BRICS » pour enfin adopter une posture de décideur. 

Gauthier Berthélemy

mardi 20 novembre 2012

Le Brésil célèbre ses racines noires


Pays revendiquant le métissage comme fondement de sa culture, le Brésil célèbre aujourd’hui la Journée de la Conscience Noire. Existant depuis les années 60, ce jour est dédié à la réflexion sur la place qu'occupe l'Homme noir dans la société brésilienne. Et durant toute la semaine des conférences et autres événements traiteront du sujet.

20 novembre, Journée de la Conscience Noire au Brésil

Ceux et celles qui ont la chance un jour de visiter le Brésil se sont forcément rendus compte de l'omniprésence des racines africaines du pays. Sa musique, sa religiosité ou encore sa gastronomie sont autant d'éléments qui viennent s'ajouter à sa forte communauté noire pour prouver cela. Mais, cette dernière doit encore de nos jours faire face aux préjugés et autres barrières qui se dressent face à elle dans la société. Racisme, précarité, isolement, ségrégation, rejet font encore le quotidien de cette partie de la population pourtant officiellement égale aux autres depuis 1888, année de l'abolition de l’esclavage au Brésil.

Zumbi dos Palmares, figure historique de la résistance noire
C'est pourquoi les autorités ont décidé d'instituer le 20 novembre comme Journée de la Conscience Noire, de sorte à ne pas oublier que dans les veines de chaque brésilien coule un sang africain. La date n'a pas été choisie au hasard puisqu'elle coïncide avec celle de la mort de Zumbi dos Palmares. Personnage héroïque et figure symbolique de la culture noire, Zumbi était le chef des esclaves fugitifs de la République de Palmares, en Alagoas. Refusant de négocier le retour au travail forcé sans punition avec les autorités portugaises, Zumbi décida de prendre les armes et après des années de lutte fut tué le 20 novembre 1695. Image de la résistance noire face à l'esclavage, Zumbi est célébré à travers tout le pays... et l'un des rares personnages historiques de couleur noire à recevoir un tel hommage.

La Journée de la Conscience Noire est accompagnée d'une semaine de festivités, de conférences et autres événements. Cette année, elle s'inscrit dans un contexte particulier puisque Dilma Rousseff, présidente de la République brésilienne, a acté le mois dernier l'application de la loi des quotas à l'université publique. Avec cette disposition, 50% des places universitaires seront réservées aux étudiants issus des écoles publiques. La moitié de ce pourcentage concernera les enfants de familles pauvres (1,5 salaires minimums), l'autre répondra à des critères « raciaux » favorisant ainsi l'accès à l'université aux étudiants noirs, métisses ou indiens. Les débats et manifestations qui ont suivis la promulgation de la loi feront sûrement partie des rencontres organisées pendant cette semaine.

Au-delà de la nécessité de faire comprendre aux blancs et de leur rappeler l'immensité de l'héritage laissé au Brésil par la communauté noire, cette journée marque également l'intérêt de montrer à cette même communauté son importance souvent minimisée par ses propres membres.  

jeudi 18 octobre 2012

Complexo do Alemão, Jacarézinho, Manguinhos. Quand la police entre dans les favelas

Les troupes d'élite sont entrées dans la favela de Jacarézinho, à Rio de Janeiro (photo : Victor Silva)



Cette semaine, la police, appuyée par l'armée, a envahi deux favelas de Rio de Janeiro. Cette opération, qui a mobilisé 2000 hommes et duré 20 minutes, est la continuation de la stratégie adoptée depuis 2008 par les forces de police pour pacifier les quartiers défavorisés de la Ville Merveilleuse. L'occasion pour nous de revenir quelques années en arrière, à l'origine de la pacification des favelas. 


Les hommes en noir de la BOPE, rendus célèbres par le film Tropa de Elite, ont cette fois-ci pris le contrôle des favelas de Manguinhos et de Jacarézinho. La Coupe du Monde FIFA et les Jeux Olympiques approchant, ce type d'intervention devrait se multiplier. Déjà en novembre 2010, les télévisions du monde entier retransmettaient des images de guerre civile à Rio de Janeiro. La police et les tanks de l’armée pénétraient dans plusieurs favelas cariocas pour y déloger les trafiquants qui régnaient sur les morros. Rafael Pacheco, officier de la Police Fédérale brésilienne depuis 1993, était alors sur place pour appuyer ses collègues envoyés dans ces bidonvilles. Professeur de droit pénal, récompensé par le Congrès pour sa lutte contre le crime organisé par le Prix Juiz Alexandre Martins de Castro Filho, du nom d’un de ses amis assassiné lors d’une opération, il nous expliquait en mars 2011 le rôle des invasions policières et sa vision de l’avenir qui se dessine dans les favelas de Rio de Janeiro.


Pourquoi avoir déployé tant de moyens pour entrer dans les favelas ?

Les opérations de novembre 2010 n’étaient pas les premières, mais elles ont été les plus impressionnantes. Le niveau de résistance armée est si fort dans le Complexo do Alemão (l’une des favelas envahies par la police en 2010) qu’il a fallu 3000 hommes pour intervenir là-bas ! Ce n’était jamais arrivé. Généralement, les opérations à Rio de Janeiro mobilisent 200, 300 hommes. En plus, nous avons utilisé des tanks, ce qui est incroyable. Nous ne faisons jamais ça dans un endroit normal. Mais, une favela n’est pas un endroit normal ! Là-bas, il est impossible de construire des égouts, d’embaucher un professeur pour y faire cours… Mais attention, ces interventions sont civiles. C’est très important de le souligner : nous n’avons donné aucun pouvoir à l’armée. Mais le plus étonnant, c’est qu’il n’y a eu que peu de morts. Est-ce que les trafiquants devaient mourir ? Oui. Est-ce que je voulais les voir morts ? Oui. Mais, est-ce que l’État peut faire cela ? La réponse est non. S’il se permet de tuer, il devient alors un assassin et nous, policiers, nous le devenons également. Ne pas les avoir tué, c’est donner la preuve que nous sommes civilisés. S’il y a eu si peu de morts, c’est parce que nous les avons prévenus. Désormais, la politique de sécurité brésilienne refuse la violence automatique. On a employé de gros moyens mais nous avons su gérer la situation sans bain de sang.

De quelle manière les interventions de novembre 2010 vont permettre d’améliorer la situation dans les favelas ?

En changeant nos manières d’agir, nous avons atteint une nouvelle étape. Avant, nous rentrions dans les favelas sans aucune finalité. Maintenant, nous y allons pour améliorer la vie des gens. C’est le grand enseignement des événements de novembre 2010. Les opérations avaient trois objectifs : améliorer la vie des habitants, changer le comportement des policiers et leur image dans la société et, enfin, intégrer les favelas au reste de la ville de Rio de Janeiro. Il s’agit d’implanter les services publics, permettre aux habitants des favelas de profiter des mêmes avantages que les autres citoyens brésiliens. Principalement les transports pour faciliter cette intégration. Mais aussi, leur permettre de devenir légalement propriétaire de leurs logements, qui ont été construits sur la base d’une occupation illégale des sols. En sécurisant et en limitant l’influence du trafic organisé, nous pensons pouvoir apporter les conditions nécessaires pour cela. Mais il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’éradiquer le trafic de drogues, c’est tout simplement impossible. Il y aura toujours une demande donc toujours une offre. Ce que nous voulons, c’est le limiter pour atteindre le niveau acceptable pour l’ensemble des citoyens.


Comment la ville de Rio de Janeiro parviendra-t-elle à atteindre ces résultats ?


Nous ne sommes pas allés faire le ménage dans les favelas pour repartir immédiatement ! Pour atteindre ces résultats, nous avons mis en place des unités spéciales chargées de superviser l’installation des nouvelles infrastructures dans les favelas. Ces unités s’appellent les UPP (pour Unités Policières de Pacification). Elles doivent vérifier que l’argent débloqué pour les favelas serve bien à la construction d’écoles, d’hôpitaux, etc. et assurer une coexistence saine avec la population. Bien sûr, elles sont composées de nouveaux agents.

Pourquoi ?

D'abord, pour éviter que les favelas retombent dans les mêmes travers. On ne peut plus se permettre de laisser apparaître des milices de policiers corrompus qui prennent en otage les habitants. Il faut donc du sang neuf, des éléments qui ne seront pas tentés de suivre les mêmes procédés qu’auparavant. Puis, les officiers des UPP ont tous une formation en sciences humaines et sociales. Ainsi, ils peuvent comprendre l’environnement des favelas et auront un contact plus facile avec les habitants. Ils sont formés et recrutés pour cette finalité et ont une vision humaniste. Mais surtout, cela va considérablement réduire les risques de bavure. Je vois mal des policiers ayant déjà eu l’expérience d’une descente dans les favelas rester tranquilles pendant leur mission. Par exemple, moi, je ne pourrais pas y aller sans garder le doigt collé à la gâchette. Le traumatisme est trop fort et ce n’est pas comme ça que j’arriverais à maintenir de bonnes relations avec les habitants. Il doit y avoir un contrôle, sinon, c’est la boucherie.

Comment ce contrôle va-t-il s’effectuer ?

Il y aura un bureau de plainte composé d’un personnel indépendant qui enregistrera les réclamations de la population, si le comportement des officiers de police n’est pas correct. Si on n’a pas une bonne image dans la population, ça ne marchera pas. Nous n’arriverons pas à nous faire respecter, ni à faire respecter les favelas au Brésil car dans la tête des gens, favela égal bandits, meurtres, drogues. Bien sûr il y en a, mais tout cela va s’améliorer.

Vous êtes optimiste ?

Peut-être le suis-je trop ! Mais, très franchement, depuis ma première descente dans les favelas cariocas en 1993, je n’ai jamais vu ça ! La vie est devenue normale là-bas. Et cela donne des votes. C’est très efficace électoralement. Alors, si tout cela donne des voix pour les politiques, si la population dans son ensemble est satisfaite, pourquoi changer ? Pourquoi ne plus financer ? C’est pour cela que je pense que les UPP vont s’installer dans la durée et que la vie dans les favelas va s’améliorer pour de bon.

Dilma Rousseff (Présidente du Brésil) a émis le souhait d’étendre ces opérations et le modèle des UPP à l’ensemble du pays. Qu’en pensez-vous ?

Si elle veut le faire c’est que l’idée bonne ! Mais, attention : ce qu’il s’est passé en novembre 2010 ne peut être fait qu’à Rio de Janeiro. L’opération a été montée par des Cariocas pour les favelas cariocas. Les favelas de Rio de Janeiro n’existent qu’à Rio de Janeiro. Si à l’avenir des opérations doivent être menées dans des favelas qui se trouvent dans d’autres villes ou d’autres régions, il faudra les adapter au terrain. La configuration des favelas change, le comportement, la culture de leurs habitants changent également en fonction de la zone. Alors oui, je pense que cela peut se faire mais non sans y réfléchir à l’avance.  

Propos recueillis par Gauthier Berthélémy et Jean-Mathieu Albertini,
 mars 2011, Lyon. 

mardi 9 octobre 2012

Municipales 2012 : le point sur le premier tour

A São Paulo, le second tour sera serré entre José Serra du PSDB ( à droite) et Fernando Haddad du PT ( à gauche)  (Photo: internet)

   

        Les résultats sont tombés. Les brésiliens connaissent désormais les candidats qui disputeront le second tour des élections municipales ou, pour ceux qui ont obtenus la majorité absolue, leurs nouveaux maires et conseillers municipaux. Petit tour des principales villes du pays.

            La première surprise vient des résultats de la plus grande ville d'Amérique Latine. A São Paulo, tous les observateurs et spécialistes politiques s'accordaient sur un second tour opposant Russomano du Parti Républicain Brésilien à l'infatigable candidat du PSDB, José Serra. Concurrent malheureux de Dilma Rousseff et de Lula dans la course à la présidence de la République, le tucano s'est une fois de plus heurté à l'incroyable charisme de l'ancien métallurgiste. Depuis son entrée dans la campagne, le candidat du Parti des Travailleurs et ancien ministre Fernando Haddad (28,9%) a rattrapé son retard sur ses concurrents. A tel point qu'il talonne José Serra (30,5%), pourtant grand favori, et exclut Russomano ( 21,2 %) de la course à la mairie pauliste.
            Rio de Janeiro est également l'une des villes vers lesquelles les yeux des Brésiliens se sont tournés ce week-end. Accueillant la Coupe de Monde de football en 2014 et les Jeux Olympiques de 2016, la Ville Merveilleuse est d'une importance capitale : elle sera la vitrine du pays pour les années à venir. Là, pas de surprise, c'est Eduardo Paes du PMDB qui est réélu au premier tour avec 64,6% des votes. Une fois de plus, la présence de Lula et de Dilma Rousseff auprès du candidat a renforcé sa popularité et attiré le vote des électeurs.
            Après l'annonce de sa victoire, Eduardo Paes a invité ses adversaires à le rejoindre pour préparer la ville aux différents défis qu'elle rencontrera ces prochaines années. Il a d'ailleurs affirmé sa volonté de se rapprocher des Verts qu'il estime « très qualifiés » avant de lancer : « j'adorerais voir le Parti Vert gouverner avec nous ». Soucieux de créer un consensus à Rio, Eduardo Paes a promis d'appliquer les mesures de ses concurrents qu'il jugera nécessaires pour le développement de la ville.
            D'autres capitales connaissent également leurs maires. C'est le cas de Belo Horizonte où Marcio Lacerda (PSB) a été réélu, Porto Alegre où Fortunati du PDT a survolé le scrutin remportant 65% des votes, Maceio avec Rui Palmeira du PSDB, João Alves Filho du DEM est élu à Aracaju, Geraldo Julio du PSB à Récife, Paulo Garcia du PT à Goiania, Teresa du PMDB à Boa Vista et Carlos Amastha, le Colombien naturalisé, à Palmas. De manière générale, les grandes formations politiques historiques accusent un certain recul dans les grandes et moyennes villes, le PT par exemple n'a remporté qu'une seule ville, mais on assiste à la fin de ce premier tour à un partage équilibré des forces sur l'ensemble du territoire.
           
Lula encore présent

            Le premier enseignement de ce scrutin est la permanence du poids politique de Lula et sa capacité à renverser le cours d'une campagne par une simple apparition, non seulement à São Paulo, mais également dans la plupart des capitales où les candidats du PT ou des partis affiliés se trouvent en difficulté. A Aracaju, par exemple, le candidat Valadares Filho du Parti Socialiste Brésilien a gagné 10 points dans les sondages passant de 23 à 33 % d'intentions de votes suite à l'intervention télévisée de Lula en sa faveur. Le même phénomène s'est déroulé avec Dilma Rousseff à Rio de Janeiro, par exemple, où Eduardo Paes l'a remercié publiquement de son implication dans la campagne.
            Le premier tour des élections municipales a également confirmé une tendance amorcée depuis 2010 avec l'arrivée de la première femme à la Présidence de la République : celle de la présence accrue des femmes dans la politique brésilienne. Dimanche soir, 12,5% des maires élus étaient des femmes, soit une augmentation de 31,5% par rapport aux élections de 2008. Elles sont désormais à la tête de 663 villes dont une capitale d’État, Boa Vista.
            Dans son discours, Carmen Lucia, présidente du Tribunal Suprême Electoral, a loué l'organisation du scrutin sur l'ensemble du territoire soulignant l'efficacité du système de reconnaissance biométrique des électeurs déjà intégralement adopté dans les États de l'Alagoas et de Sergipe, dans le Nordeste. Malgré le remplacement en urgence de plusieurs centaines d'urnes défectueuses, la nouveauté a été bien acceptée par la population qui y voit un moyen de rendre plus sûr le vote. Par la reconnaissance biométrique il est désormais impossible pour un électeur de se faire passer pour un autre.
            La magistrate a longuement insisté sur les résultats de la campagne « Ficha Limpa » dont l'objectif est de donner aux électeurs toutes les informations sur les candidats en lice et notamment leur situation vis à vis de la justice électorale. Le but est de limiter l'élection de candidats déjà jugés pour corruption ou d'autres crimes. Pour Carmen Lucia, « la Ficha Limpa a rassuré les électeurs, mais les efforts doivent être doublés pour qu'ils soient mieux informés ». 

Gauthier BERTHELEMY

mercredi 18 juillet 2012

Les grèves dans l’enseignement se poursuivent


A l’arrêt depuis deux mois, les universités publiques brésiliennes se sont vidées de leurs étudiants. Professeurs et personnels administratifs s’unissent pour exiger, entre autres, une augmentation des salaires, la création de nouveaux postes et plus d’autonomie. Un mouvement qui renforce la crise dans l’enseignement brésilien. 

"Professeurs en grève" à l'Université Fédérale de Sergipe (Photo: G.Berthélémy)

Depuis le 17 mai, une grève oppose les professeurs et personnels de 58 universités, 36 Instituts Fédéraux et de centaines d'écoles au gouvernement fédéral. L’un des points de désaccord entre les parties se porte sur les réformes voulues par Brasilia, le plan de restructuration proposé par le ministère de l’éducation ne faisant pas l’unanimité au sein de la communauté enseignante.


Selon Sônia Meire, représentante du syndicat des professeurs de l’Université Fédérale de Sergipe (Adufs), « le gouvernement a imposé des changements sans aucune concertation. Les programmes ont changé sans que cela s’accompagne de nouveaux moyens. Par exemple, de nombreux cours sont encore sans professeurs ! ». Le financement de l’éducation est un point central du désaccord. L’allocation de 10% du PIB national au budget de l’éducation nationale a été adoptée par la Chambre des députés et les grévistes demandent l’application de cette mesure. Le gouvernement de Dilma Rousseff, quant à lui, préférerait abaisser ce taux minimum à 8% du PIB.

Et aux professeurs s’ajoutent les revendications des agents administratifs et techniques qui réclament de meilleures conditions de travail, un salaire équivalant à trois salaires minimums, soit environ 1900 reais, et la mise en place de concours publics pour le recrutement. Cette dernière exigence est appuyée par les groupes d’étudiants qui se sont joints au mouvement. Selon Allana Nascimento Santos, représentante du Comando de grève de l’Université Fédérale de Sergipe, « les étudiants boursiers reçoivent un peu plus de 400 reais par mois pour accomplir des tâches administratives alors que cet argent devrait servir à faciliter leurs études. Au contraire, ils perdent un temps précieux et prennent malgré eux la place de personnes qualifiées qui devraient avoir ces postes ».

Les grévistes sont "contre la précarisation des conditions de travail" à l'université (Photo: Gauthier Berthélémy)


La rémunération des professeurs et des personnels fait partie des revendications. Sans augmentation de salaire depuis des années, les universitaires ont emboîté le pas aux professeurs des écoles publiques. Ces derniers se sont mobilisés pendant plusieurs semaines pour exiger la revalorisation du salaire minimum de la catégorie de 22,22%.

À Sergipe, les établissements scolaires ont eu leurs portes closes pendant 54 jours et les professeurs ont même procédé à une grève de la faim. Déclarant la mobilisation illégale, le Tribunal de Justice Régionale a obligé les enseignants à reprendre le chemin de leurs classes. À Bahia, l’arrêt des cours a dépassé les 100 jours et le ministère de l’Education organise actuellement des cours en amphithéâtres dans lesquels quelques 400 élèves se préparent aux épreuves du ENEM, l’examen qui conclue l’enseignement secondaire et compte pour l’accès à l’université.

Des étudiants partagés

Pour beaucoup, l'incertitude sur la durée du mouvement inquiète. Les négociations n’avancent pas et sont parfois même annulées donnant l’impression que le gouvernement cherche à enterrer le mouvement de grève. Cette stratégie avait fonctionné en 2010, lorsque les personnels techniques et administratifs avaient abandonné après 4 mois de blocage.

Les salles de cours sont vides depuis deux mois (Photo: G. Berthélémy) 


Chez les étudiants, la détermination des grévistes d’aujourd’hui ravive ces souvenirs, et déjà on pense aux conséquences. Larissa Andrade, étudiante en psychologie à l’Université Fédérale de Bahia, comprend et soutient le mouvement tout en espérant que les parties trouveront rapidement une issue. « Le problème est qu'ils n'ont pas laissé les vacataires terminer leurs cours, le retard est énorme, » explique l'étudiante ajoutant : « les rattrapages vont se faire dans la précipitation et le semestre prochain sera plus lourd voire même sans vacances ».

Interpellée par des étudiants lors d'un déplacement à Rio de Janeiro la semaine dernière, Dilma Rousseff a affirmé avoir « conscience de l'ampleur du mouvement et que le gouvernement travaille sur les revendications des professeurs, étudiants et personnels des universités publiques ».

Gauthier Berthélémy
(Publié sur Autres Brésils)

mercredi 20 juin 2012

Le Nordeste est à sec


La sécheresse touche le Nordeste (photo : João Roberto Ripper)  

De mars à mai, les précipitations dans le Nordeste ont été largement inférieures à la normale saisonnière. Si le littoral retrouve depuis peu la pluie, les campagnes offrent toujours le même spectacle de désolation. La terre asséchée craquelle sous les sabots d’un bétail chaque jour plus maigrelet, les cultures poussent difficilement et, parfois, brûlent sur pied. La situation du sertão est critique puisque le gouvernement annonce des pertes abyssales de plusieurs milliards de reais pour le secteur agricole et l’ensemble de l’économie régionale.
Le manque d’eau de pluie ces derniers mois a obligé les autorités brésiliennes à intervenir. En visite à Aracaju début mai, Dilma Rousseff s’est entretenue avec les gouverneurs des neuf états du Nordeste. Prenant conscience de l’ampleur du problème, le gouvernement fédéral a débloqué une enveloppe de près d’un milliard de reais. A ce fonds d’urgence s’ajoute une promesse d’investissements de 2,5 milliards de reais pour prévenir des dégâts de la sécheresse. Une somme qui vise à aider les 595 villes nordestinas et les quelques trois millions de personnes situées dans la zone placée sous état d’urgence.
Pour soulager les populations, les files de camions-citernes se joignent aux machines de forage. A Bahia, par exemple, le gouvernement a lancé la construction de 2400 puits. La mise en place d’infrastructures s’accompagne de mesures de dédommagement des personnes les plus touchées par la sécheresse. C’est le cas des agriculteurs. Le 12 juin, la ministre des relations institutionnelles, Ideli Salvatti, a annoncé la renégociation des dettes de 231 000 cultivateurs et éleveurs acculés par le manque d’eau en plus d’une aide mensuelle de 136 reais par le biais du programme Safra pour ceux dont les semences ne sont pas sorties de terre. Les pertes subies par les paysans de l’intérieur se répercutent sur l’économie nationale. Selon une récente déclaration du ministre de l’intégration nationale Fernando Bezerra à la Chambre des Députés, « le Nordeste subit des pertes agricoles sévères et on peut déjà affirmer qu’elles s’élèvent à 12 milliards de reais ».
Interrogée cette semaine dans le programme de la radio EBC « Café com a Presidenta », Dilma Rousseff a exprimé son inquiétude devant « la plus grande sécheresse depuis des décennies » tout en affirmant que « le gouvernement ne laissera pas le Nordeste perdre les conquêtes accumulées ». Selon elle, la région est « nettement mieux préparée » à affronter le manque d’eau rappelant les investissements consentis ces dernières années et les programmes d’aides sociales déjà mis en place et à venir au Brésil.
Une absence de pluies pour plusieurs mois
Selon Overland Amaral, coordinateur du centre de météorologie de l’Etat de Sergipe, la région fait « face à un manque de stabilité des températures ce qui rend presque impossible la formation de masse nuageuse ». L’air trop froid dans l’Atlantique Sud ne permettrait pas l’apparition de nuages nécessaire pour produire des pluies. Ce constat pourrait se perpétuer au moins jusqu’au mois d’août, pour les plus optimistes, voire février 2013.

La sécheresse est presque banale dans le Nordeste. Mais le spécialiste s’inquiète de « l’arrivée de phénomènes extrêmes ». « Ce manque d’eau prolongé ponctué par des pluies de forte intensité mais de courte durée est déconcertant. Et la tendance est à l’aggravation » confie l’expert, anxieux. Et les prévisions ne rassurent ni les autorités ni les habitants des zones sinistrées. Travaillant en collaboration, tous les observatoires météorologiques du Nordeste s’accordent sur un point : la sécheresse pourrait se poursuivre pour plusieurs mois. « On atteint un niveau historique, même les pluies annoncées ne seront pas suffisantes » explique Overland Amaral.
Overland Amaral s'inquiète de l'arrivée de "phénomènes extrêmes" dans la région (Photo  : Gauthier Berthélémy) 
Lui-même agriculteur, le météorologue est bien placé pour parler du problème. « Les gens sont obligés de quitter les campagnes pour rejoindre les villes. Là, il y a des emplois et, surtout, des infrastructures » témoigne le scientifique ajoutant qu’aujourd ’hui « la population doit adopter de nouveaux comportements ». Selon lui, l’une des solutions serait la plantation de palma, un arbre dont les racines puisent dans le sol l’eau et ainsi irriguent naturellement les terres à cultiver. « Les pertes matérielles, financières et humaines sont importantes. Partout dans le Nordeste, les gens sont entrés en résistance » conclut Overland Amaral.
Gauthier Berthélémy 
(Texte publié sur le  site Autres Brésils)

mercredi 14 mars 2012

Copa 2014: Match houleux entre la FIFA et le gouvernement brésilien


Entre Aldo Rebelo (à dr.) et Jérôme Valcke le dialogue est interrompu (photo:internet)

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les relations entre la FIFA et le gouvernement brésilien ne sont pas au beau fixe. A tel point que les poignées de mains d'hier pourraient bien se transformer en bras de fer ou en claques dans la figure si les deux entités ne parviennent pas à trouver un terrain d'entente pour l'organisation de la prochaine coupe du monde de football. Explications.

Depuis l'annonce de la tenue en 2014 de la plus grande compétition de football en terres brésiliennes, tous les yeux des amateurs de ballon rond sont braqués sur le pays du roi Pelé. Et revient inlassablement la même interrogation: 'Est-il capable d'organiser un tel événement?'. A en croire les récentes tensions Fifa-Brésil, il n'y a aucun doute que la réponse n’ait pas encore été donnée. Au lendemain de la cérémonie de clôture de l'édition sud-africaine, en 2010, Lula assurait que l'événement brésilien serait "inoubliable". Mais déjà la patronne des fédérations footeuses tirait la sonnette d'alarme en voyant les retards rencontrés par le Brésil pour mettre en place les infrastructures nécessaires. Ligne rapide de train entre Rio de Janeiro et São Paulo inexistante, extension de lignes de métro au point mort, confusion autour du stade du Morumbi à São Paulo, etc. Tout y passe. Et les problèmes, eux, ne s'effacent pas.

Alors, pour marquer le coup, Jérôme Valcke, secrétaire general de la FIFA, remet le couvert en exprimant, la semaine dernière, des doutes sur la réelle motivation du Brésil à organiser la grande fête du football. En lançant un 'Je me demande si le Brésil n'est pas plus préoccupé à gagner la Coupe du Monde que de l'organiser', le Français a donné un grand coup de pied dans les relations entre la Fifa et le Brésil, tout en ajoutant que ce dernier en méritait un dans le 'derrière'. Au coeur de la critique épicée de Jérôme Valcke, on trouve les retards dans la mise en place d’infrastructures, le manque d’investissements dans le secteur hôtelier, les stades qui ne sont pas prêts pour accueillir la Coupe des Confédérations de 2013 ou encore la Loi Générale de la Coupe qui reste à être votée par le Congrès brésilien, et qui devait l’être depuis... 2007. Cette loi devait permettre de fixer des objectifs clairs et datés pour l’organisation de la compétition. En d’autres termes et comme le résume M.Valcke, ‘Rien ne va au Brésil’.

Logo officiel de la Coupe du Monde de 2014

 On sort alors les cartons rouges de toute part. Le problème, c'est qu'il n'y a pas d'arbitre. Et au pays du ballon rond, on pointe du doigt le tacle offensif de Valcke en grande pompe. Le ministre des Sports, Aldo Rebelo, fustige les paroles du secrétaire général de la Fifa en conférence de presse en estimant que la souveraineté du Brésil était remise en cause par ces propos ‘inadmissibles’. Une réaction qualifiée ‘d’infantile’ par le secrétaire général, soucieux de calmer le jeu. Dans une lettre à la Fifa, le ministre brésilien affirme que ‘la forme et le contenu des déclarations échappent aux patrons acceptables de la coexistence harmonieuse entre un pays souverain comme le Brésil et une organisation centenaire comme la FIFA’.

Et la contre-attaque brésilienne ne s’arrête pas là. Le porte-parole de la Présidence de la République, Marco Aurélio Garcia, a décoché un cinglant ‘Vagabundo’ pour définir ce qu’il ressent pour M.Valcke. Dans son élan, il a ajouté que 'le Brésil [avait] d'autres choses à faire'. José Sarney, l’éternel président du Sénat, a de son côté commenté les paroles de ce dernier les qualifiant ‘d’ingérence grossière’ dans les affaires du pays. Des déclarations à la chaîne qui ont amené Aldo Rebelo à exiger la désignation d’un nouvel interlocuteur entre la FIFA et le gouvernement brésilien. Et les excuses publiques de Valcke ne feront rien. Sa visite au Brésil, initialement prévue cette semaine a été annulée par les autorités locales et reportée à une date indéterminée. Vendredi 16 mars, Joseph Blatter, président de la FIFA, se rendra à Brasilia pour s’entretenir avec Dilma Rousseff. On sera sûrement très loin de la chaude ambiance des vestiaires, mais on peut espérer qu’au terme de la rencontre, la balle sera de nouveau au centre.

Pour renforcer sa défense, le Ministre des Sports a réaffirmé ce lundi que ‘les travaux ne sont pas en retard et sont même presque tous en avance. Il existe quelques cas, mais je ne crois pas qu’il y aura de problèmes’. Et il a même procédé à des transferts. Le même jour, on apprend la démission de Ricardo Texeira de ses postes de Président de la Fédération Brésilienne de Football et du Comité Organisateur Local. En disgrâce auprès de Dilma Rousseff, qui ne le recevait plus depuis plusieurs mois, Ricardo Texeira a été remplacé par José Maria Marins. Désigné comme responsable des problèmes dans l’organisation de la Coupe et soupçonné de détournement d’argent entre autres méfaits, il a été salué par Romario, ancien Champion du Monde, de la plus belle des manières: ‘On s’est enfin débarrassé d’un cancer’. Coup de sifflet, mais sûrement pas final. 

Gauthier Berthélémy

jeudi 5 janvier 2012

L’année contrastée de Dilma Rousseff


Dilma Rousseff lors de son discours inaugural, le 1er janvier 2011 (Reuters)

En novembre 2010, les Brésiliens ont investi les urnes pour désigner un successeur à Luiz Inacio da Silva et ont choisi comme 36e Président de la République Dilma Rousseff, portant pour la première fois une femme au pouvoir. Après tout juste un an de mandat, bilan entre ruptures et continuités, popularité et difficultés.

Bénéficiant de l’incroyable popularité du Président sortant, qui disposait dans les sondages de près de 80% d’opinion favorable, l’ancienne chef de la Casa Civil est parvenue à se hisser à la plus haute fonction de l’Etat. On aurait pu penser que la nouvelle locataire du Planalto imiterait Lula. Toutefois, si Dilma Rousseff a maintenu le cap fixé par l’administration sortante sur certaines questions, notamment économiques, elle a su imposer son style de gouvernance et se dégager des positions auparavant défendues par l’administration sortante.

Après le second tour des élections présidentielles brésiliennes, Dilma Rousseff a commencé à préparer son investiture officielle en composant l’ossature de son gouvernement. Une démarche qui lui a permis de fixer l’orientation à donner aux premiers mois de son mandat. Son discours inaugural du 1er janvier 2011, date de la passation de pouvoir, rappelant le contexte de crise s’est concentré sur la réforme fiscale et la poursuite du combat contre l’inflation. C’est contre cette dernière que la Présidente est partie en guerre dès les premières semaines de son mandat.

Pour cela, elle nomme Alexandre Tombini à la tête de la Banque Centrale, retirant le poste à Henrique Meirelles qui l’a occupé pendant huit ans. Dans l’esprit, l’action de l’institution financière brésilienne suit les pas de celle menée par l’administration Lula. Mais les résultats ne sont pas les mêmes. Car, dès le mois d’avril, l’inflation s’est envolée atteignant 6,51%, soit le taux le plus élevé depuis juin 2005, et provoquant une hausse des prix des produits d’alimentation et des combustibles, deux secteurs fondamentaux du budget des ménages. Et ce malgré la fixation d’un taux d’intérêt élevé (12%) pour contenir l’offre de crédit et diminuer l’importante demande en biens et services. Avec cette augmentation, le Brésil possède l’un des taux d’intérêts réels les plus élevés du monde.

Ces mesures n’ont pas freiné l’évolution du PIB brésilien qui, selon l’Institut Brésilien de Géographie et de Statistique (IBGE) a eu une croissance de 1,3% au premier trimestre et de 0,8% au second. Ces chiffres permettent aujourd’hui à l’économie brésilienne de croitre plus que celles des pays européens et de rester équivalente à celles des BRICS. Face aux récentes déclarations de la directrice du Fonds Monétaire International (FMI), Christine Lagarde, sur l’imminence d’une récession économique globale, Guido Mantega, Ministre de l’Economie, estime que « la situation est préoccupante » mais  que « le Brésil est préparé pour résister ».  La bonne santé économique du Brésil, retrouvée sous la Présidence Lula, tend à se poursuivre malgré un retour en force du « dragon inflationniste ».

Un monstre terrifiant obligeant le gouvernement Rousseff à procéder à de grandes coupes budgétaires. Les premiers portefeuilles touchés sont ceux destinés à la mise en place de mesures sociales comme le programme Minha Casa, Minha Vida (Ma maison, ma vie) chargé d’offrir des logements sociaux aux plus démunis. En février, Guido Mantega  a annoncé une économie de cinquante milliards de reais (environ 22 milliards d’euros) en limitant les mesures sociales.  En septembre, il a demandé à la majorité au Congrès de ne pas voter certaines mesures pour réduire les dépenses de l’Etat et contenir l’inflation. Cependant, Dilma Rousseff a annoncé en février la revalorisation du salaire minimum le faisant passer de 510 à 540 reais (environ 235 euros). Plus récemment, elle a fait entendre durant une interview pour la chaine Record qu’il pourrait être augmenté de 14% en 2012.

Dilma Rousseff s’affirme à l’international

Sur le plan international, on peut constater une certaine continuité des axes fixés par la Présidence Lula. Parmi les personnalités qui incarnent la politique étrangère de Dilma Rousseff, la nomination d’Antonio Patriota au poste de Ministre des Relations Etrangères sonne comme un maintien de cap. Durant les deux mandats de Lula, il a été le Secrétaire Générale des Relations Etrangères et ambassadeur du Brésil à Washington.

Le maintien de certains noms de l’ancien gouvernement à des postes importants pour le scénario international du Brésil, comme le Ministre des Sports ou de l’Economie, permet une continuité de la politique étrangère brésilienne et aide à promouvoir la stabilité dans certains secteurs primordiaux de la politique étrangère pour les années à venir. L’organisation en 2014 de la Coupe du Monde FIFA de football et en 2016 des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro ont déterminé le maintien de ces personnalités.

La continuité passe aussi par le renforcement d’une coopération « sud-sud » menée par le Brésil dans le cadre des négociations sur la libéralisation du commerce international à travers les Cycles de Doha, du G-20 ou des relations commerciales et politiques avec les membres du MERCOSUL. Aux Nations Unies, le Brésil a assumé en février la présidence rotative du Conseil de Sécurité marquée par le vote unanime de la résolution 1970 demandant l’arrêt de la répression par le régime de Kadhafi en Lybie. Il s’est cependant abstenu lors du vote sur l’envoi de troupes armées pour régler la question libyenne.  Au sein de l’institution internationale, la délégation brésilienne continue à militer pour une réforme du Conseil de Sécurité, tout comme pour celle du FMI ou de la Banque Mondiale.

A la différence de l’administration précédente, le gouvernement Rousseff a cessé de s’abstenir sur les questions de violation des Droits de l’Homme et sur le vote de sanctions envers les pays contrevenants. A l’inverse de Lula, qui avait tenté un rapprochement et un dialogue avec les autorités iraniennes, Dilma Rousseff a fermement condamné la violente répression des mouvements de contestation en Iran et a affirmé son refus de collaborer avec les pays dans lesquels les libertés fondamentales sont bafouées.

Dilma Rousseff et Barack Obama réunis lors de la visite du président américain au Palacio do Alvorado à Brasilia  en mars 2011 (AP) 

Dans le domaine des relations commerciales, la visite, en mars, de Barack Obama s’est conclue par une nouvelle coopération dans les secteurs de l’éducation, du transport et du développement technologique. A cette occasion, Dilma Rousseff s’est montrée ferme en dénonçant l’asymétrie des relations entre les deux pays à cause du protectionnisme américain envers les produits brésiliens. En mai, la Présidente s’est rendue en Chine et a obtenu la signature d’une vingtaine d’accords commerciaux. Parmi eux, la commande par les Chinois d’avions Embraer et l’installation de chaines de montages sur le territoire de l’Empire du Milieu. De plus, les deux pays sont parvenus à un accord dans le domaine des télécommunications avec la compagnie chinoise Huawei qui devrait investir 350 millions de dollars pour l’installation de lignes ADSL sur le territoire brésilien.

Un gouvernement contesté, une Présidente approuvée  

Cependant, Dilma Rousseff doit faire face à une situation domestique compliquée avec un gouvernement faisant l’objet de nombreuses controverses aux conséquences parfois désastreuses.

Depuis le mois d’avril, l’équipe de la Présidente est décimée par les démissions à cause de suspicions  de corruption et de détournements de fonds publics. Tel est le cas du chef de la Casa Civil Antonio Palocci, ancien bras-droit de Lula, soupçonné d’avoir enrichi son patrimoine de façon irrégulière, du Ministre des Transports qui aurait surfacturé certains chantiers publics, du Ministre du Tourisme ou encore du Ministre de l’Agriculture, Wagner Rossi. En tout, sept ministres ont dû démissionner suite aux révélations de la presse. Même le Vice-Président, Michel Temer, a été soupçonné d’avoir perçu des pots-de-vin, mais les accusations sont restées sans preuves.

Face à cette hécatombe, Dilma Rousseff a remplacé les ministres démissionnaires et a dû affronter la colère de la population. En septembre, un mouvement de protestation contre la corruption s’est propagé dans certaines grandes villes du pays comme Rio de Janeiro ou Brasilia. Demandant « un coup de balais » dans la classe politique, les Brésiliens ont investi la Toile pour réclamer la « fin du vol et de l’impunité ».

Des balais "pour débarrasser le Brésil de la corruption" sur la plage de Copacabana (Reuters) 

Mais, malgré la gronde des citoyens à l’encontre du gouvernement et du Congrès, les dernières enquêtes réalisées montrent une Dilma Rousseff populaire et une opinion publique largement favorable à l’action de la Présidente. Selon un sondage de l’institut Ibope paru fin octobre, elle bénéficierait de l’approbation de 71% de l’électorat brésilien. Si les inquiétudes sont fortes, les enquêtes montrent que les électeurs ont confiance en Dilma Rousseff et son gouvernement considérés comme efficaces. A tel point qu’elle dépasserait largement Lula dans le cœur des Brésiliens, seulement un an après son élection. Mais les différents chantiers qui se présentent face à son administration comme la corruption, le retard pris dans l’organisation de la Coupe du Monde FIFA de 2014 ou encore la crise économique et financière peuvent tout aussi bien faire pencher la balance de l’opinion.

Gauthier  Berthélémy

Dans un prochain article, nous reviendrons sur les orientations du gouvernement de Dilma Rousseff pour l'année 2012. 

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