Affichage des articles dont le libellé est CUT. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est CUT. Afficher tous les articles

mercredi 18 juillet 2012

Les grèves dans l’enseignement se poursuivent


A l’arrêt depuis deux mois, les universités publiques brésiliennes se sont vidées de leurs étudiants. Professeurs et personnels administratifs s’unissent pour exiger, entre autres, une augmentation des salaires, la création de nouveaux postes et plus d’autonomie. Un mouvement qui renforce la crise dans l’enseignement brésilien. 

"Professeurs en grève" à l'Université Fédérale de Sergipe (Photo: G.Berthélémy)

Depuis le 17 mai, une grève oppose les professeurs et personnels de 58 universités, 36 Instituts Fédéraux et de centaines d'écoles au gouvernement fédéral. L’un des points de désaccord entre les parties se porte sur les réformes voulues par Brasilia, le plan de restructuration proposé par le ministère de l’éducation ne faisant pas l’unanimité au sein de la communauté enseignante.


Selon Sônia Meire, représentante du syndicat des professeurs de l’Université Fédérale de Sergipe (Adufs), « le gouvernement a imposé des changements sans aucune concertation. Les programmes ont changé sans que cela s’accompagne de nouveaux moyens. Par exemple, de nombreux cours sont encore sans professeurs ! ». Le financement de l’éducation est un point central du désaccord. L’allocation de 10% du PIB national au budget de l’éducation nationale a été adoptée par la Chambre des députés et les grévistes demandent l’application de cette mesure. Le gouvernement de Dilma Rousseff, quant à lui, préférerait abaisser ce taux minimum à 8% du PIB.

Et aux professeurs s’ajoutent les revendications des agents administratifs et techniques qui réclament de meilleures conditions de travail, un salaire équivalant à trois salaires minimums, soit environ 1900 reais, et la mise en place de concours publics pour le recrutement. Cette dernière exigence est appuyée par les groupes d’étudiants qui se sont joints au mouvement. Selon Allana Nascimento Santos, représentante du Comando de grève de l’Université Fédérale de Sergipe, « les étudiants boursiers reçoivent un peu plus de 400 reais par mois pour accomplir des tâches administratives alors que cet argent devrait servir à faciliter leurs études. Au contraire, ils perdent un temps précieux et prennent malgré eux la place de personnes qualifiées qui devraient avoir ces postes ».

Les grévistes sont "contre la précarisation des conditions de travail" à l'université (Photo: Gauthier Berthélémy)


La rémunération des professeurs et des personnels fait partie des revendications. Sans augmentation de salaire depuis des années, les universitaires ont emboîté le pas aux professeurs des écoles publiques. Ces derniers se sont mobilisés pendant plusieurs semaines pour exiger la revalorisation du salaire minimum de la catégorie de 22,22%.

À Sergipe, les établissements scolaires ont eu leurs portes closes pendant 54 jours et les professeurs ont même procédé à une grève de la faim. Déclarant la mobilisation illégale, le Tribunal de Justice Régionale a obligé les enseignants à reprendre le chemin de leurs classes. À Bahia, l’arrêt des cours a dépassé les 100 jours et le ministère de l’Education organise actuellement des cours en amphithéâtres dans lesquels quelques 400 élèves se préparent aux épreuves du ENEM, l’examen qui conclue l’enseignement secondaire et compte pour l’accès à l’université.

Des étudiants partagés

Pour beaucoup, l'incertitude sur la durée du mouvement inquiète. Les négociations n’avancent pas et sont parfois même annulées donnant l’impression que le gouvernement cherche à enterrer le mouvement de grève. Cette stratégie avait fonctionné en 2010, lorsque les personnels techniques et administratifs avaient abandonné après 4 mois de blocage.

Les salles de cours sont vides depuis deux mois (Photo: G. Berthélémy) 


Chez les étudiants, la détermination des grévistes d’aujourd’hui ravive ces souvenirs, et déjà on pense aux conséquences. Larissa Andrade, étudiante en psychologie à l’Université Fédérale de Bahia, comprend et soutient le mouvement tout en espérant que les parties trouveront rapidement une issue. « Le problème est qu'ils n'ont pas laissé les vacataires terminer leurs cours, le retard est énorme, » explique l'étudiante ajoutant : « les rattrapages vont se faire dans la précipitation et le semestre prochain sera plus lourd voire même sans vacances ».

Interpellée par des étudiants lors d'un déplacement à Rio de Janeiro la semaine dernière, Dilma Rousseff a affirmé avoir « conscience de l'ampleur du mouvement et que le gouvernement travaille sur les revendications des professeurs, étudiants et personnels des universités publiques ».

Gauthier Berthélémy
(Publié sur Autres Brésils)

vendredi 9 mars 2012

Société: Não Pago! fait caler l'augmentation du prix des transports en commun à Aracaju


Militant du mouvement Não Pago! "Pour un transport collectif public, gratuit et de qualité" (Photo: Por aqui e Là-bas)

Une cinquantaine de personnes se sont réunis mardi 6 mars au Terminal de bus D.I.A d'Aracaju (Sergipe) pour protester contre l'augmentation annoncée du prix du transport collectif. Au cri de « Não Pago ! », ces militants sont parvenus, en partie, à obtenir ce qu'ils désiraient. Rencontre avec ce mouvement loin d'être unique au Brésil.

Les récentes déclarations explosives de Jerôme Valcke, secrétaire général de la FIFA, sur les retards qui marquent l'organisation de la prochaine Coupe du Monde de football, qui aura lieu en 2014 au Brésil, ne sont pas passées inaperçues. Parmi les éléments de mécontentement évoqués, on trouve la vétusté des réseaux de transports en commun. Si des bus en retard ou des métros surpeuplés peuvent incommoder le touriste ou le supporter le temps d'un séjour au pays du football, il est aisé d'imaginer qu'ils peuvent être aussi pénibles pour l'usager brésilien.

Depuis près d'un an, à Aracaju, un collectif d'étudiants s'efforce de faire valoir le droit de chacun à bénéficier d'un transport collectif de qualité, à moindre coup. Sur leurs t-shirts, on peut lire un slogan qui résonne comme un cri lancé pour couvrir le bruit des moteurs : « Não Pago ! ». « Je ne paye pas », une invitation à la désobéissance pour refuser l'augmentation du prix du bus dans la capitale de l’État de Sergipe. A l'heure actuelle, il faut débourser 2,25 reais (soit 1 euro environ) pour utiliser les lignes de la ville. Annoncée en janvier dernier par les entreprises qui exploitent le réseau de transport public, la valorisation du prix de l'accès au bus a fait l'effet d'une bombe chez ces rebelles du tourniquet.

Les manifestations se sont multipliées, prenant la place des réunions jusqu'alors convoquées pour discuter de modèles alternatifs pour le transport collectif dans la capitale sergipana. Prenant exemple sur les différents mouvements du même genre qui ont marqué ce début d'année 2012, Não Pago ! s'est levé de son siège pour prendre d'assaut les terminaux de la ville. Le tout sans violence, contrairement à d'autres capitales. Vinicius, membre du mouvement, s'est rendu à Terezina, dans l’État du Piaui, capitale qui a été le théâtre de violents affrontements entre les étudiants et les forces de l'ordre. Il raconte : « Là-bas, ils ont brûlé neuf bus, c'était la folie ! ». Et les contestations se sont multipliées comme une traînée de poudre à Recife ou encore à Rio de Janeiro.

Petit à petit, la lutte apporte ses fruits. Le jour même du nouveau rassemblement dans le terminal d'intégration D I A, une de ces gares routières qui permettent aux usagers de changer de bus sans devoir payer de nouveau, Edvaldo Nogueira, maire communiste de la ville, annonce le gel des prix du transport collectif. Une victoire pour le mouvement qui ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. «  Ce qu'il faut maintenant c'est un transport public de qualité, améliorer les arrêts de bus, les terminaux d'intégration, affréter une nouvelle flotte de bus » énumère Gilberto Sena, un des leaders de Não Pago !, qui complète :« Aracaju quand il pleut, c'est un désastre, il n'y a qu'à voir le terminal Atalaia ».  Situé au sud de la capitale, l'endroit se transforme en piscine municipale quand arrivent les pluies automnales.

 George Washington Silva, responsable de la communication de la Centrale Unitaire des Travailleurs de Sergipe (Photo: Por Aqui e Là-bas) 

Pour porter ces revendications, les étudiants ne sont pas seuls puisqu'ils ont été rejoints par les organisations syndicales de travailleurs. Dans la foule, George Washington Silva, responsable de la communication de la Centrale Unitaire des Travailleurs de Sergipe (CUT), expose les raisons du ralliement au mouvement : « Au Brésil, 37 millions de personnes ont déjà délaissé les transports collectifs, non pas pour des raisons de confort, mais simplement parce qu'elles n'ont plus les moyens de payer l'accès aux transports ». Et l'usage de plus en plus remarqué du vélo dans les rues de la petite capitale n'a pas que des motivations écologiques puisqu'il se pose désormais comme un mode alternatif de déplacement pour travailleur-pauvre qui « arrive au travail déjà fatigué avant même d'avoir commencé » ponctue le syndicaliste.

En direction du siège de la SMTT (photo Por aqui e Là-bas)

Le groupe de manifestants s'est par la suite dirigé vers le siège de la SMTT, l'organe chargé de superviser le réseau de transport, entre autres missions. Là, ils ont demandé à rencontrer un responsable, en vain. Symboliquement et devant les caméras de télévision, ils ont lu leurs revendications qu'ils ont remis à un délégué de l’organe public avant de se donner rendez-vous pour d'autres rassemblements.


Lecture des revendications au siège de la SMTT (Photo: Por Aqui e Là-bas) 

Le gel des prix, une mesure stratégique ?

Du côté de la CUT comme des étudiants, les annonces de la mairie ne font pas diminuer la motivation. Et c'est l'ensemble du mouvement qui pointe du doigt certaines mesures proposées. Comme la décision de baisser l'ISS, l'Impôt sur les services, que les entreprises de transports doivent payer chaque année. « Certes il y a gel des prix mais avec une réduction d'impôt. Une fois de plus les entrepreneurs ne sont pas passés à la caisse et se sont les usagers qui payent » s'insurge George Washington Silva. « Nous pensons qu'il n'était pas nécessaire de baisser l'ISS pour geler les prix. Si les entreprises parviennent à sponsoriser tous les événements qui ont lieu à Aracaju, c'est qu'elles ont de l'argent ! Elles n'avaient donc pas besoin de cette baisse d'impôt » ironise de son côté Gilberto Sena qui complète : «  et dire que cette baisse d'impôt est bénéfique pour la population est un mensonge car c'est moins d'argent dans les caisses de la ville, donc moins de moyens pour les autres services publics et pour les salaires des fonctionnaires ». En tout cas, tous s'accordent pour dire que l'opportunité d'un gel des prix du transport tombe à pic en cette année électorale . En  octobre, les électeurs brésiliens choisiront le prochain maire de la ville.

Alors, mesure stratégique ou véritable effort pour un transport collectif au prix juste ? Durant la conférence de presse convoquée le mardi matin par l'équipe municipale, Edvaldo Nogueira a annoncé l'organisation dans les prochains mois d'un appel d'offre pour départager les entreprises qui exploiteront le réseau aracajuano. Fait inédit dans la capitale, l'élu communiste s'est même permis de lancer un : « je suis le premier maire dans l'histoire d'Aracaju à faire cela ». A y voir de plus près, la baisse de l'ISS servirait donc, selon une source proche de la mairie, à attirer de nouvelles entreprises locales ou d'autres États pour créer une concurrence et ainsi tirer les prix vers le bas.

Une aubaine pour l'usager qui pourrait l'être aussi pour le camp du maire sortant. En laissant entrer d'autres entreprises sur le marché, Edvaldo Nogueira pourrait couper à la racine un éventuel soutien des entreprises de transport à ses concurrents politiques qui briguent la mairie d'Aracaju. Avec une nouvelle concurrence, les entreprises actuelles pourraient perdre des forces voire même se voir refuser l'accès au réseau si d'autres entreprises font des offres plus avantageuses. Leur soutien ne serait donc d'aucun effet pour les autres partis. Une réforme aussi bénéfique que stratégique en somme.  

Gauthier Berthélémy

About Me

Ma photo
Ce blog propose des informations françaises en langue portugaise et brésiliennes en langue française/Este blog oferece informações francesas em lingua portuguesa e brasileiras em lingua francesa. Il est géré et alimenté par Allana Andrade, journaliste et Gauthier Berthélémy, journaliste entre France et Brésil/ O blog é mantido por Allana Andrade, jornalista e Gauthier Berthélémy, jornalista entre Brasil e França.

Slider(Do not Edit Here!)

Traduzido Por : Template Para Blogspot
Copyright © 2013. Por aqui e là-bas