mercredi 20 juin 2012

Le Nordeste est à sec


La sécheresse touche le Nordeste (photo : João Roberto Ripper)  

De mars à mai, les précipitations dans le Nordeste ont été largement inférieures à la normale saisonnière. Si le littoral retrouve depuis peu la pluie, les campagnes offrent toujours le même spectacle de désolation. La terre asséchée craquelle sous les sabots d’un bétail chaque jour plus maigrelet, les cultures poussent difficilement et, parfois, brûlent sur pied. La situation du sertão est critique puisque le gouvernement annonce des pertes abyssales de plusieurs milliards de reais pour le secteur agricole et l’ensemble de l’économie régionale.
Le manque d’eau de pluie ces derniers mois a obligé les autorités brésiliennes à intervenir. En visite à Aracaju début mai, Dilma Rousseff s’est entretenue avec les gouverneurs des neuf états du Nordeste. Prenant conscience de l’ampleur du problème, le gouvernement fédéral a débloqué une enveloppe de près d’un milliard de reais. A ce fonds d’urgence s’ajoute une promesse d’investissements de 2,5 milliards de reais pour prévenir des dégâts de la sécheresse. Une somme qui vise à aider les 595 villes nordestinas et les quelques trois millions de personnes situées dans la zone placée sous état d’urgence.
Pour soulager les populations, les files de camions-citernes se joignent aux machines de forage. A Bahia, par exemple, le gouvernement a lancé la construction de 2400 puits. La mise en place d’infrastructures s’accompagne de mesures de dédommagement des personnes les plus touchées par la sécheresse. C’est le cas des agriculteurs. Le 12 juin, la ministre des relations institutionnelles, Ideli Salvatti, a annoncé la renégociation des dettes de 231 000 cultivateurs et éleveurs acculés par le manque d’eau en plus d’une aide mensuelle de 136 reais par le biais du programme Safra pour ceux dont les semences ne sont pas sorties de terre. Les pertes subies par les paysans de l’intérieur se répercutent sur l’économie nationale. Selon une récente déclaration du ministre de l’intégration nationale Fernando Bezerra à la Chambre des Députés, « le Nordeste subit des pertes agricoles sévères et on peut déjà affirmer qu’elles s’élèvent à 12 milliards de reais ».
Interrogée cette semaine dans le programme de la radio EBC « Café com a Presidenta », Dilma Rousseff a exprimé son inquiétude devant « la plus grande sécheresse depuis des décennies » tout en affirmant que « le gouvernement ne laissera pas le Nordeste perdre les conquêtes accumulées ». Selon elle, la région est « nettement mieux préparée » à affronter le manque d’eau rappelant les investissements consentis ces dernières années et les programmes d’aides sociales déjà mis en place et à venir au Brésil.
Une absence de pluies pour plusieurs mois
Selon Overland Amaral, coordinateur du centre de météorologie de l’Etat de Sergipe, la région fait « face à un manque de stabilité des températures ce qui rend presque impossible la formation de masse nuageuse ». L’air trop froid dans l’Atlantique Sud ne permettrait pas l’apparition de nuages nécessaire pour produire des pluies. Ce constat pourrait se perpétuer au moins jusqu’au mois d’août, pour les plus optimistes, voire février 2013.

La sécheresse est presque banale dans le Nordeste. Mais le spécialiste s’inquiète de « l’arrivée de phénomènes extrêmes ». « Ce manque d’eau prolongé ponctué par des pluies de forte intensité mais de courte durée est déconcertant. Et la tendance est à l’aggravation » confie l’expert, anxieux. Et les prévisions ne rassurent ni les autorités ni les habitants des zones sinistrées. Travaillant en collaboration, tous les observatoires météorologiques du Nordeste s’accordent sur un point : la sécheresse pourrait se poursuivre pour plusieurs mois. « On atteint un niveau historique, même les pluies annoncées ne seront pas suffisantes » explique Overland Amaral.
Overland Amaral s'inquiète de l'arrivée de "phénomènes extrêmes" dans la région (Photo  : Gauthier Berthélémy) 
Lui-même agriculteur, le météorologue est bien placé pour parler du problème. « Les gens sont obligés de quitter les campagnes pour rejoindre les villes. Là, il y a des emplois et, surtout, des infrastructures » témoigne le scientifique ajoutant qu’aujourd ’hui « la population doit adopter de nouveaux comportements ». Selon lui, l’une des solutions serait la plantation de palma, un arbre dont les racines puisent dans le sol l’eau et ainsi irriguent naturellement les terres à cultiver. « Les pertes matérielles, financières et humaines sont importantes. Partout dans le Nordeste, les gens sont entrés en résistance » conclut Overland Amaral.
Gauthier Berthélémy 
(Texte publié sur le  site Autres Brésils)

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